Croix-des-Bouquets : la guerre est déclarée même aux avions et aux hélicoptères

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Alerte dans le ciel de Croix-des-Bouquets; aucun vol n’échappe sous les balles des caids de 400 Mawozo. Les criminels tirent sur tout ce qui survole la commune alors que la Police Nationale d’Haïti (PNH) et le Gang Suppression Force (GSF) n’ont toujours pas en mesure de remédier la situation.

Crédit photo : Web | Article par: la Rédaction

Lever les yeux vers le ciel n’est plus, ici, un geste d’évasion ou d’espoir. C’est un réflexe de survie, un signal d’alerte. Dans une commune de Croix-des-Bouquets transformée en zone de non-droit, même l’espace aérien est devenu une frontière disputée, un territoire que le gang des 400 Mawozo prétend régenter à coups de rafales de fusils d’assaut.

​Chaque fois que le vrombissement d’un moteur déchire les nuages, la mécanique de la terreur se met en branle. Qu’il s’agisse d’un avion commercial traçant sa ligne blanche dans la stratosphère ou d’un hélicoptère humanitaire volant à basse altitude pour braver le blocus terrestre, la réponse est invariablement la même : une pluie de balles, aveugle et furieuse, s’abat vers le ciel.

​Le plafond de verre de la souveraineté

​Ce spectacle, aussi surréaliste qu’effroyable, est devenu le quotidien des résidents pris au piège. Pour les hommes de Wilson Joseph (dit Lanmò San Jou), peu importe l’altitude, l’immatriculation ou la mission de l’appareil. Passer au-dessus — ou en dessous — de leur bastion est perçu comme un affront, une violation de leur sinistre « souveraineté » territoriale. Les armes de guerre, détournées de leur but initial, sont pointées vers le zénith dans une tentative désespérée et criminelle d’atteindre l’inaccessible.

​« Dès qu’on entend les pales d’un hélicoptère, on sait ce qui va suivre. Ce n’est pas seulement le bruit de l’appareil qui résonne, c’est le vacarme des armes automatiques qui lui répond instantanément. On court s’abriter, car ce qui monte finit toujours par redescendre sur nos toits », confie un riverain sous anonymat.

​Cette violence verticale ne témoigne pas seulement de la puissance de feu de ces groupes armés ; elle illustre l’audace d’une criminalité qui ne reconnaît plus aucune limite, ni humaine, ni géographique. En prenant pour cible des aéronefs, le gang défie ouvertement l’autorité de l’État et les lois internationales de l’aviation civile, transformant le couloir aérien de la plaine du Cul-de-Sac en une roulette russe de haute altitude.

​L’isolement par le haut

​Pendant des mois, l’hélicoptère est demeuré le dernier cordon ombilical reliant la capitale aux provinces coupées du monde, l’ultime recours pour évacuer des blessés, acheminer des vivres ou transporter du personnel humanitaire. En tirant sur le ciel, les 400 Mawozo cherchent à briser ce dernier lien. Ils imposent un blocus total, une asphyxie par le bas et par le haut.

​Chaque impact de balle sur une carlingue est un message envoyé à la communauté nationale et internationale : ici, la terre commande, et le ciel obéit à la loi du plus fort.

​Face à cette pluie de plomb qui défie la gravité et la raison, la question demeure : jusqu’à quand le ciel de Croix-des-Bouquets restera-t-il le champ de tir d’un pouvoir criminel ? En attendant une réponse forte des forces de l’ordre, les habitants, eux, continuent de raser les murs, priant pour que les oiseaux de fer ne survolent plus leur enfer quotidien.

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