PORT-AU-PRINCE – À la veille des élections nationales, le landerneau politique et académique haïtien est secoué par une onde de choc majeure. Invité sur les ondes de Radio Caraïbes, le leader politique Jonas Coffy a lancé de graves accusations à l’encontre du recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque. Selon lui, l’universitaire a reçu la somme astronomique de 150 millions de gourdes de la part du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé.

Une transaction présumée pour étouffer la contestation
D’après les déclarations fracassantes de M. Coffy, ces fonds auraient été versés dans un but bien précis : faire barrage aux activités des accords politiques rivaux et neutraliser la mobilisation planifiée lors de la journée symbolique du 7 février dernier.
L’ancien ministre, fidèle à son style percutant, soutient que le rectorat aurait servi de pivot pour « blanchir » ou légitimer une opération de démobilisation politique, transformant une figure de proue du secteur éducatif en un pion stratégique du pouvoir en place.
« C’est de la corruption à haute dose pour tuer l’opposition légitime », a martelé Jonas Coffy au micro de la plus ancienne station de la capitale, sans toutefois présenter publiquement de documents comptables pour étayer ses dires.
Le gouvernement Fils-Aimé et le rectorat sous le feu des critiques
Si ces allégations s’avèrent fondées, elles porteraient un coup fatal à la crédibilité du gouvernement de transition dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, déjà sous pression pour sa gestion de la crise multidimensionnelle. Utiliser les fonds publics pour acheter le silence ou la complicité d’acteurs de la société civile constituerait un énième scandale de corruption d’État.
Du côté de l’Université Quisqueya, les proches de Jacky Lumarque crient à la machination politique et à la tentative de lynchage médiatique. Le recteur, figure respectée pour ses réformes éducatives, se retrouve malgré lui au centre d’une tempête où la frontière entre dénonciation citoyenne et diffamation partisane reste floue.
Les zones d’ombre à éclaircir
Dans un contexte national où l’impunité règne, ce dossier soulève trois questions fondamentales :
- Où sont les preuves ? La justice ou l’ULCC (Unité de Lutte Contre la Corruption) se saisiront-elles des déclarations de Jonas Coffy pour exiger la traçabilité de ces prétendus 150 millions de gourdes ?
- Quel rôle pour le 7 février ? Cette date charnière a toujours été le catalyseur des tensions politiques. Le pouvoir a-t-il réellement financé des « pare-feux » académiques pour éviter un embrasement ?
- Quelle suite judiciaire ? Jacky Lumarque choisira-t-il la voie des tribunaux pour laver son honneur, ou laissera-t-il la polémique s’éteindre d’elle-même ?
Une chose est certaine : le pavé jeté dans la mare par Jonas Coffy vient de fragiliser un peu plus les ponts déjà précaires entre la classe politique, la société civile et le gouvernement de transition. Affaire à suivre de très près.
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