Alors que le premier tour des élections arrive le 30 août prochain, Le rétablissement de la sécurité reste est un engagement indéfectible dans un pays englué dans une profonde crise politique et ravagé par la violence des gangs qui contrôlent presque totalement Port-au-Prince.

l’approche des échéances électorales promises pour clore une transition qui n’a que trop duré, Haïti se trouve à la croisée des chemins, ou plutôt au bord du gouffre. Alors que les discours officiels s’évertuent à peindre les contours d’une restauration démocratique, la réalité du terrain oppose un démenti cinglant aux illusions bureaucratiques. Peut-on réellement concevoir l’exercice de la souveraineté populaire là où les balles dictent le quotidien et où l’État semble avoir capitulé ?

Le mirage institutionnel face à la réalité des territoires
Techniquement, la machine cherche à s’ébranler. Le Conseil électoral provisoire (CEP) multiplie les évaluations, identifiant plus de 1 300 centres de vote pour quelque six millions d’électeurs potentiels. Mais de quel électorat parle-t-on ? Celui des centaines de milliers de déplacés internes, chassés de leurs foyers par la fureur des gangs ? Ou celui des enclaves de la capitale et de l’Artibonite, où le simple geste de circuler relève de la roulette russe ?
Après l’échec cuisant et la dissolution du Conseil présidentiel de transition (CPT) en février dernier, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé porte désormais seul le fardeau de l’exécutif et la promesse de mener le pays vers des élections d’ici la fin de l’année. Un pouvoir concentré, mais dramatiquement fragile, suspendu à une légitimité que seule la réussite de ce scrutin pourrait lui conférer. C’est le paradoxe haïtien : il faut des élections pour rétablir l’ordre, mais il faut de l’ordre pour tenir des élections.
L’insécurité : le grand électeur de l’ombre
Sur le front de la sécurité, le bilan demeure dantesque. Malgré les promesses de la communauté internationale et la mutation de la mission d’appui en une Force de répression des gangs (FRG) renforcée notamment par des contingents africains, le rythme de la terreur ne faiblit pas. Le passage récent du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, venu exprimer une solidarité de façade à Port-au-Prince, n’a fait que souligner l’ampleur du désastre humanitaire et sécuritaire. Avec plus de 2 300 morts recensés par les Nations unies depuis le début de l’année 2026, la capitale vit sous le joug d’une criminalité qui contrôle encore la majorité du territoire métropolitain.

Dans ce paysage de désolation, la Police Nationale d’Haïti (PNH) continue de payer un tribut de sang exorbitant, abandonnée à un sort de « parent pauvre » que dénoncent amèrement les syndicats policiers. Face à des groupes armés suréquipés, nos forces de l’ordre font face à l’impossible. Dans ces conditions, ouvrir les bureaux de vote revient à dresser des cibles.
Le choix de la rupture ou la perpétuation du chaos
L’enjeu de ce scrutin dépasse de loin le simple renouvellement du personnel politique. Il s’agit de savoir si Haïti saura opérer une transition de rupture ou si elle se contentera de légitimer, par les urnes, l’influence de l’oligarchie et des forces obscures qui profitent de l’effondrement des institutions.
Organiser des élections dans ce contexte de vulnérabilité extrême est un pari hautement cynique. Sans un maillage sécuritaire rigoureux et immédiat, le vote ne sera pas l’expression de la volonté générale, mais le reflet de la domination des armes. La démocratie haïtienne ne peut se nourrir de symboles et de calendriers imposés ; elle exige des garanties fondamentales. À la veille du scrutin, la question demeure entière : l’encre électorale saura-t-elle recouvrir les taches de sang qui souillent le pavé de la République ?
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