Économie

Haïti : Le carburant grimpe, le peuple suffoque sous le double joug des prix de l’État et des gangs armés de Viv Ansanm

Dans un pays où l’économie respire déjà sous assistance respiratoire, une nouvelle onde de choc frappe le secteur du transport. Alors que les prix des produits pétroliers amorcent une nouvelle courbe ascendante, les usagers haïtiens se retrouvent pris au piège d’une double taxation : celle, officielle, du marché des hydrocarbures, et celle, occulte, imposée par les caïds des postes de péage illégaux.

Rédaction par : SYLVESTRE Wilkins / Directeur Informations de la RTL

L’augmentation, bien que justifiée par les autorités par la fluctuation des cours mondiaux et les tensions au Moyen-Orient, arrive au pire moment. Pour le citoyen lambda, le prix du baril à l’international importe peu face à la réalité du terrain : chaque centime de plus sur le gallon d’essence est une sentence de faim supplémentaire. Le transport, nerf de la guerre économique, devient un luxe inaccessible.

Le racket institutionnalisé : les « péages » de la terreur

Ce qui rend cette hausse insupportable, c’est qu’elle se superpose à une taxe illégale et sanglante. Sur les principaux axes routiers, notamment vers le Grand Sud et le Nord, Croix-des-Bouquets, les groupes armés ont instauré leurs propres « postes de péage ».
« On paie les gangs pour passer, on paie l’État pour l’essence, mais qui paie pour notre sécurité ? », s’indigne un chauffeur de transport en commun à la station de Portail Léogâne.
Les tarifs imposés par les caïds de la zone métropolitaine ont déjà doublé, voire triplé le coût des trajets. Entre les exigences des malfrats et les nouveaux prix fixés par le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), les transporteurs se retrouvent étranglés, répercutant inévitablement ces coûts sur le prix des produits de première nécessité.

Le chauffeur est entrain de payer son passage

L’État : un grand absent au banc des accusés
Face à ce scénario de chaos, le silence ou l’inefficacité des autorités gouvernementales alimente la colère. Si le gouvernement semble prompt à ajuster les prix pour répondre aux exigences budgétaires ou internationales, il brille par son absence lorsqu’il s’agit de démanteler les barrières de l’insécurité qui paralysent la libre circulation.

L’incapacité de l’État à reprendre le contrôle des territoires perdus laisse le champ libre à une économie de prédation. Aujourd’hui, l’ajustement du prix du carburant n’est pas perçu comme une mesure économique nécessaire, mais comme un abandon supplémentaire d’une population qui paie déjà le prix fort de l’anarchie.

À la Radio Télé Lune, les témoignages affluent : entre les pénuries récurrentes et l’inflation galopante, la résilience haïtienne est à bout de souffle. Sans une intervention urgente pour sécuriser les routes et stabiliser le coût de la vie, cette nouvelle hausse pourrait bien être l’étincelle de trop dans un pays où le climat social est déjà à haute tension.

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